Nana swings, Ella swings


Eté 1962, après 4 ans de carrière professionnelle dont 2 années parisiennes à tout juste 25 ans, la jeune Ioánna Moúskhouri est envoyée à New-York par les labels Mercury et Fontana pour enregistrer un album de jazz.

Elle aura la chance d'être sous la direction de l'exigeant Quincy Jones, lui âgé de 29 ans et à ce moment là directeur musical de Mercury. Pour elle qui est étrangère, tant au niveau de la culture musicale jazz que de la culture du pays, cet enregistrement représente un réel challenge. Elle prend le temps de s'y préparer, travaille sa phonologie pour avoir un accent anglais impeccable, passe trois semaines à arpenter les rues de New-York pour s'imprégner de la ville et fréquente les clubs de jazz le soir.

Le résultat donne un petit joyau inattendu, grâce aussi à l'équipe qui se trouve sur ce projet. Nana chante avec l'orchestre du grand Torrie Zito, l'arrangeur Charles Albertine et le très récompensé ingénieur du son Phil Ramone ont su mettre en avant le génie vocal de Nana. Elle-même, entre nonchalance et mélancolie, se promène dans ces standards de jazz telle une diva. Disposant déjà de larges capacités vocales, elle a su rester sobre et subtile quand il le fallait.

La particularité de l'album pour l'époque est que les morceaux sont très courts - 2'30 pour 5 à 6 minutes habituellement dans le domaine du jazz. Cela s'explique par le fait que ni Nana ni les musiciens n'improvisent. Malgré cette expérience positive, Nana ne fera plus jamais aucun album de jazz.

Elle créé cependant l'évènement en interprétant des standards au Jazzopen Festival de Stuttgart en 2002, 40 ans plus tard.


Ella Fitzgerald, modèle de Nana


Ella Jane Fitzgerald naît le 25 avril 1917 à Newport News en Virginie. Elle grandit près de New York. Sa mère travaillait dans une blanchisserie, son père avait abandonné le domicile conjugal peu de temps après sa naissance.

Elle commence à chanter à 16 ans en 1934 au théâtre Apollo de Harlem à New York dans une des premières Amateurs Nights qu'elle remporte, contribuant autant à la gloire de l'Apollo qu'à la sienne. Elle est remarquée par Bardu Ali (en) de l'orchestre de Chick Webb, qui convainquit Webb de l'engager.

CBS est sur le point de signer un contrat avec elle lorsque sa mère meurt, la laissant orpheline. Elle doit alors se contenter de participer à des concours musicaux.

Ayant « gagné » en 1935 une audition pour une semaine, elle commence à jouer avec l'orchestre de Webb au Savoy de Harlem. Elle enregistre quelques tubes avec lui, dont le célèbre If You Can't Sing It, You'll Have to Swing It, Love and Kisses, mais c'est sa version de la berceuse A Tisket, a Tasket qui la fit connaître.

Quand Chick Webb meurt en 1939, l'orchestre continue sous le nom de « Ella Fitzgerald and Her Famous Orchestra ».
Elle commence une carrière solo en 1941. Malgré sa notoriété, elle a été victime, comme beaucoup de noirs à cette époque, de discrimination au Cotton club, elle s'est battue tout au long de sa vie pour le prouver. (..) Elle est la reine du scat, et elle a joué du blues, de la samba, du gospel etc., et même des chants de Noël. Ses concerts sont souvent enrichis par des imitations d'autres chanteurs ; elle imite en particulier à la perfection les voix et les gestes aussi bien de Rose Murphy que de Louis Armstrong.

En 1942, elle apparaît dans le film du duo comique Abbott et Costello, Deux nigauds cow-boys, réalisé par Arthur Lubin.

Selon les propres mots d'Ella Fitzgerald, c'est Marilyn Monroe qui apporte un grand soutien à sa carrière en l'imposant littéralement au Mocambo Club de Los Angeles. En effet, Marilyn, très grande admiratrice d'Ella Fitzgerald, téléphone en personne au patron du club et lui demande de programmer Ella Fitzgerald contre la promesse de réserver, chaque soir où elle se produirait, une table au premier rang. Ne pouvant refuser une telle publicité, le patron accepte et Marilyn tient parole. (..)

Avec l'orchestre de Duke Ellington, elle fait des tournées en Europe et en Amérique du Nord. (..)

Elle joue en concert avec les plus importants groupes et solistes. Son vrai rôle était « instrumentiste de la voix ». Elle chante avec de nombreux partenaires instrumentaux comme Oscar Peterson, Count Basie (On the Sunny Side of the Street), Roy Eldridge, Joe Pass (Speak Love), Dizzy Gillespie, et le trio de Tommy Flanagan. Elle a aussi chanté avec d'autres voix du jazz comme Nat King Cole ou Frank Sinatra.

 

Ella et Nana, des points communs

Bien sûr, on remarque des points communs troublants concernant la participants à des concours de chant amateurs, les débuts dans un groupe musical (Les Athéniens pour Nana) et la carrière solo qui commence ensuite. Des difficulités à s'imposer sur les scènes des clubs liés au physique (couleur de peau pour Ella, surpoids pour Nana), la participation à des films musicaux pour l'une et l'autre, l'intervention ou l'appui moral d'une vedette de l'époque (Marilyn Monroe pour Ella, Maria Callas pour Nana), les tournées à travers le monde et la volonté de chanter en duo avec beaucoup d'autres artistes, qu'on retrouve chez les deux...
Il y a beaucoup de différences aussi, bien sûr... liés à l'époque, au style musical et au continent !
Il reste tout de même quelque chose qui lie ces deux artistes... imtemporelles et éblouissantes !


Nana Jazz Discography

A Foggy Day (G. Gershwin)
Almost Like Being in Love (F. Loewe / A.J. Lern)
Bill (Oscar Hammerstein II / Pelham Grenville Wodehouse)
Black coffee (F. Webb / J. F. Burke)
Blues in the night (Harold Arlen / Johnny Mercer)
Boogie Woogie Bugle Boy (Don Raye / Hughie Prince)
But Not for Me (George Gershwin / Ira Gershwin)
Can't Help Loving Dat Man of Mine (J. Kern / O. Hammerstein)
Chattanooga Choo Choo (Harry Warren / Mack Gordon)
Come rain or come shine (J. Mercer / H.Arlen)
Don't Go to Strangers (Arthur Kent / Dave Mann / Redd Evans)
For All We Know (F. Coots / S. Lewis)
Hold Me, Thrill Me, Kiss Me (H. Noble)
I Get a Kick Out of You (Cole Porter)
I'll Remember April (Don Raye / Gene de Paul / Pat Johnson)
La Javanaise (S. Gainsbourg)
Love Me or Leave Me (Donaldson)
Lover man (Jimmy Davis / Roger Ramirez / James Sherman)
Makin' Whopee (Walter Donaldson / Gus Kahn)
Mona Lisa (Jay Livingston / Ray Evans)
Moonlight in Vermont (John Blackburn / Karl Suessdorf)
Nature Boy (Eden Ahbez)
Never the Less (B. Kalmer and H. Ruby/H. Hupfeld)
No Moon at All (Evans)
One for My Baby (J. Mercer / H. Arlen)
Our Love is here to stay (Ira Gershwin / George Gershwin)
Prisoner of Love (Russ Columbo & Clarence Gaskill /Leo Rubin)
Sentimental Journey  (Les Brown / Ben Homer / Bud Green)
Smoke Gets in Your Eyes (Harbach)
Someone To Watch Over Me (George Gershwin / Ira Gershwin)
That's My Desire (Helmy Kresa / Carroll Loveday)
The Touch of Your Lips (H. Noble)
These Things I Offer You (Benjamin)
Till There Was You (Wilson)
Too close for comfort (J. Bock / L. Holofcener / G. Weiss)
What's Good About Goodbye (Leo Robin / Harold Arlen)
When I Fall in Love (Victor Young / Edward Heyman)
Without a song (B. Rose / E. Eliscu / V. Youmans)
You Forgot All the Words (B. Wayne / E. H. Jay)


Playlist

  • One for my baby - Album Fascinating / Nana Mouskouri Collection - Complete English Works (2005)
  • But not for me - Album The girl from Greece sings (1962)
  • Moonlight in Vermont - Album Fascinating / Nana Mouskouri Collection - Complete English Works (2005)
  • Too close for comfort - Album Fascinating / Nana Mouskouri Collection - Complete English Works (2005)
  • For all we know - Album Fascinating / Nana Mouskouri Collection - Complete English Works (2005)
  • I'll remember April - Album Fascinating / Nana Mouskouri Collection - Complete English Works (2005)
  • A foggy day - Album Fascinating / Nana Mouskouri Collection - Complete English Works (2005)
  • I get a kick out of you - Album The girl from Greece sings (1962)

 

 

Sources : http://www.lemellotron.com
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ella_Fitzgerald
Playlist : mp3, 44100 Hz, 96 bps, mono (radio quality)
Artwork : Photofunia
@ PhB, 13 avril 2016

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